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LES RÉCIFS CORALLIENS, UN ÉCOSYSTÈME VITAL EN GRAND DANGER

Récif corallien-4-BorderMakerLes récifs coralliens sont en grand danger, plus d’un tiers d’entre-eux ont déjà disparu. En cause, le réchauffement climatique accéléré par l’activité humaine. Pourtant, cet écosystème particulier est vital pour l’espèce humaine et les océans.

Aujourd’hui, plus de 275 millions de personnes vivent à moins de 10 kilomètres des côtes maritimes, et 850 millions de personnes sont installés à moins de 100 kilomètres des récifs coralliens. Une large partie de ces populations, souvent en voie de développement, bénéficie directement ou indirectement de cet écosystème bien particulier. La France a la deuxième plus vaste zone économique exclusive au monde avec plus de 11 millions de km2 dans trois océans de la planète. Mais Qu’est-ce qu’un récif corallien ? Que représentent-il pour nos océans, quels sont les enjeux économiques et quelles sont les conséquences du réchauffement climatiques et des pollutions humaines ? Nous avons posé toutes ces questions à Guillaume Holzer et Martin Colognoli, fondateur de l’association Coral Guardian qui lance aujourd’hui un cri d’alarme, « si rien n’est fait d’ici 2050, les récifs coralliens auront disparus ».

Les récifs coralliens sont parmi les plus anciennes formes de vie du monde animal. Datant d’au moins 500 millions d’années, ils sont avec les forêts tropicales, les écosystèmes les plus riches et les plus productifs de la planète, pourtant, ils ne représentent que 0,2% des fonds marins. Ils abritent une biodiversité importante, coraux, poissons, raies, tortues, requins…etc. Les scientifiques estiment que plus d’un million d’espèces de plantes et d’animaux sont associés à l’écosystème corallien.

Les coraux sont composés de petits animaux marins invertébrés, les polypes, appartenant à la famille des cnidaires comme les anémones de mer ou les méduses. Le polype est constitué d’une bouche, d’un estomac, d’une paroi et de tentacules urticantes pour capter sa nourriture, le zooplancton. Cet animal peut vivre seul ou en colonies de centaines de polypes génétiquement identiques, tous issu de la division d’un polype unique. Certains types de coraux possèdent dans leurs tissus des micro-algues symbiotiques, les zooxanthelles qui vivent dans les tissus du polype. Ces algues photosynthétiques ont une grande importance pour le corail, car elle capte la lumière et apportent au corail une ressource énergétique supplémentaire, favorisant la croissance de son squelette calcaire. En retour, les algues trouvent au sein du corail un milieu stable et les éléments nécessaires à la réalisation du processus de photosynthèse. On distingue les coraux mous comme les gorgones, et les coraux durs, dits « constructeurs de récifs » qui construisent un squelette calcaire qui va être à la base de la formation des récifs coralliens.

Récif corallien-3-BorderMakerLes coraux jouent un rôle fondamental pour la vie récifale. Ils servent tout d’abord d’abris à des milliers d’espèces animales et végétales grâce à leurs formes variées, mais aussi de nourriture, attirant les prédateurs de chaque espèce. C’est aussi un refuge pour les juvéniles. Ils servent également de brise-lame lors de tempêtes, d’ouragans ou de cyclones en protégeant l’écosystème entre les récifs et les côtes ainsi que les activités humaines du bord des mers. Les récifs coralliens représentent un intérêt économique de plusieurs dizaines de milliards de dollars chaque année. Les animaux récifaux constituent une denrée alimentaire importante pour les populations qui vivent près des littoraux. En effet, un récif respecté peut donner entre 5 et 15 tonnes de poissons, de mollusques, de crustacés et autres invertébrés par kilomètre carré. Les récifs sont essentiels à l’économie locale et touristique, ils attirent nombres de plongeurs, d’apnéistes, de pécheurs récréatifs et d’amateurs de plages de sable blanc.

Mais les récifs ont également un rôle médical pour l’Homme. Ils sont utilisés dans le traitement des maladies de certains cancers comme la leucémie, le VIH, les ulcères ou les maladies cardio-vasculaires. Il faut préciser également que le squelette corallien est très proche de nos os, il sert de matériau pour les greffes osseuses. Mais à ce jour, seule une toute petite partie des organismes récifaux a été échantillonnée, analysée et testée, le potentiel pour de nouvelles découvertes pharmaceutiques est donc énorme.

Bien qu’il leur a fallu des millions d’années pour se constituer, les organismes marins, dans la situation actuelle de réchauffement et de pollution, doivent s’adapter très rapidement aux nouvelles conditions. Les plantes marines, principalement le phytoplancton, sont des producteurs qui constituent la base de la chaîne alimentaire. L’acidification des océans et l’augmentation des niveaux de CO2 a pour conséquence la diminution du pH des océans, ce qui réduit l’abondance du phytoplancton. Les scientifiques prévoient une diminution progressive de la quantité de ces plantes dans les eaux plus chaudes, ce qui aura pour conséquence une perte des éléments nutritifs le long de la chaîne alimentaire. L’augmentation de La température est un élément fondamental dans le cycle de vie d’un grand nombre de plantes et d’animaux marins. L’accélération anticipée du réchauffement des océans va probablement provoquer la migration de certains des organismes marins. Mais les espèces qui ne peuvent pas migrer, comme le corail, pourraient bien disparaître, avec en préambule, une diminution de la calcification du corail et des coquillages, ce qui entravera la formation de leur squelette et leur croissance.

Récif corallien-5-BorderMakerL’autre principale menace pour les coraux est le blanchiment dû à l’augmentation de la température et à la surexploitation humaine de l’aménagement des bords du littoral. Souvenez-vous, nous avons dit que les coraux étaient habités par des algues symbiotiques, les zooxanthelles. Le blanchiment provient tout simplement du fait que le corail, par une eau trop chaude ou une pollution permanente, rejette les zooxanthelles. Il perd alors sa couleur, s’affaiblit et en général meurt, ce qui met en danger les espèces dépendantes. Dans le monde, la couverture corallienne a baissé de manière significative, les scientifiques estiment qu’un tiers des coraux constructeurs de récifs à déjà disparu. Alors, y a-t-il des solutions pour inverser ce processus ? L’association Coral Guardian dit oui en cinq mots : Régénérer, préserver, sensibiliser, valoriser, autonomiser.

Régénérer pour l’association s’est d’abord former les pêcheurs aux techniques de restauration d’un récif corallien et au suivi scientifique de l’évolution du récif, grâce à des protocoles de relevés biologiques simplifiés. Ceci leur permet de constater chaque mois l’augmentation du nombre d’espèces colonisant le récif restauré. L’association les aide à préserver la zone restaurée grâce à la mise en place d’une Aire Marine Protégée gérée localement. Pour sensibiliser les populations locales, Coral Guardian dispense également des formations théoriques et pratiques à l’écologie marine, la biologie marine, la coralliculture, la gestion des stocks de pêche et aux techniques de pêche durable. Enfin, elles les accompagne pour valoriser leur travail et diversifier leur activité, les pêcheurs peuvent par exemple prendre leur bateau  et conduire les touristes sur les récifs coralliens restaurés pour les sensibiliser.

Mais le temps presse, Selon la conclusion du dernier symposium de l’ICRS (International Society For Reef Studies) sur le corail qui s’est déroulé cet été, il reste 5 ans pour renverser la tendance avant que la disparition des récifs coralliens ne soit irréversible.

Alors aujourd’hui Coral Guardian lance un cri d’alarme pour que tout le monde s’y mette, il n’est pas encore trop tard pour agir mais il faut le faire maintenant, car avec la disparition des coraux, ce sont des milliers d’espèces de poissons, de raies, d’étoiles de mer, de poulpes, d’anémones, de coquillages et de crustacés qui vont disparaître. Ce sont 850 millions de personnes qui dépendent des récifs coralliens qui seront menacées par la famine et les déplacements. On ne peut pas rester les bras croisés !

L’association est née il y a 6 ans. Aujourd’hui elle a tissé un réseau de personnes, de professionnels et de bénévoles, qui agissent à leur échelle, en France, en Australie, en Indonésie, pour favoriser par tous les moyens possible la sauvegarde des coraux. Mais avec le rythme qui s’accélère, il faut vraiment informer et sensibiliser toutes les populations.

Récif-corallien-6-BorderMakerPour agir, l’association a élaboré un programme d’actions qui peut être mis  en place  rapidement avec l’équipe et les bénévoles, qui consiste à :

  • Maintenir la pression sur les élus et les ministères pour empêcher toute destruction inutile et absurde des coraux par des opérations de dragage. A multiplier les rendez-vous avec les dirigeants pour leur montrer, chiffres à l’appui, que les coraux ont une valeur économique gigantesque sur le long terme, et qu’il faut à tout prix les préserver.
  • Travailler avec les scientifiques et soutenir des programmes de recherche qui visent à trouver des solutions pour les coraux, comme par exemple le programme TGFBeta qui cherche à mieux comprendre le phénomène du blanchiment des coraux dû au réchauffement climatique, et essayer de trouver des solutions avant qu’il ne soit trop tard.
  • Étendre notre succès de terrain dans la restauration de récifs en Indonésie au plus grand nombre de régions possible, en tissant un réseau de bénévoles et d’acteurs locaux pour transmettre le savoir, pour qu’ils l’appliquent chez eux et le transmettent à leur tour dans leur région.

Pour empêcher cette catastrophe annoncée et irréversible de se produire, Coral Guardian a besoin de tout le monde. Gageons que son appel au secours soit entendu pour permettre à nos enfants de vivre avec des océans vivants et propres.

 

 

 

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